Lucien : un tullinois à Morette

Entretien avec Lucien 27 janvier 2020

Pourquoi habiter Morette ?

Un peu par hasard…

c’est une collègue de travail qui m’a mis en contact avec une de ses tantes propriétaires de terrains à bâtir à Morette. Lucien a eu un déclic. Véronique, son épouse,  était plus perplexe, à cause des problèmes de transport et de commerce de proximité alors qu’elle venait d’accoucher.

Auparavant ils habitaient à Fures, non loin de l’école. Leur motivation était  d’habiter plus « au vert »Finalement après plusieurs recherches, ils se sont décidés en 1993.

Lucien est né en 1962, sa famille est d’origine portugaise qui a émigré en France alors que lui-même avait 7 ans. Il a gardé un très bon souvenir de l’école primaire de Fures. Pourtant il ne parlait pas un mot de français, mais il s’est très bien adapté et il a appris la langue sur le tas. Il n’a aucun accent.

Il a rencontré son épouse en 1983 dans une boulangerie en achetant du pain ! Depuis qu’il habite Morette, il adore « son » village et il s’y sent bien.

Scolarité jusqu’au CAP de mécanique poids-lourds. Il a travaillé dans différents garages. Esuite il est devenu technicien à l’hopital de Tullins et son épouse est secrétaire médicale à Voiron.

Il était fasciné par les images, notamment par les conférences de connaissance du monde. Et il a décidé qu’il voulait faire de la photo…en complément de son travail. Il a débuté une activité photographique professionnelle en remplaçant un photographe de Tullins qui avait des problèmes de santé, en réalisant des photos de mariage. Mais cette activité est restée complémentaire de son travail principal de techniciens à l’hôpital de Tullins.

Le directeur de l’hôpital de l’époque était un type extraordinaire, très humain, qui était également passionné de photos.

Pour lui la photo était une activité complémentaire de type artistique mais rémunéré. Il pratique la photographie aérienne avec des autogires pour des entreprises du département, des suivis de chantier.

il rêve de faire des cartes postales de la Grande-Chartreuse. Ce n’est pas encore fait mais ça lui trotte dans la tête.

Lucien à une époque, a donné des conférences aux élèves d’un LEP et les a accompagnés pour faire des photographies en noir et blanc dans une résidence pour personnes âgées. Les gosses ont adoré… Avec des résidents ils ont réalisé un opuscule avec les souvenirs écrits illustrés par les photographies qu’avaient pris les enfants.

Événements marquants depuis qu’il habite Morette

Lucien a toujours aimé les contacts de voisinage. Il est frappé par l’évolution des relations entre les habitants qui étaient beaucoup plus faciles dans les années 90. Les gens se rencontraient et se parlaient facilement. Alors qu’en 2019, les portails sont pour la plupart fermés, les maisons masquées derrière des haies.

Une difficulté pour nouer des contacts venait aussi du fait que, pour des raisons pratiques, leurs enfants n’allaient pas à l’école à Morette. C’est pourquoi il lui semble nécessaire que les petites écoles puissent continuer à exister. Pour la vie de village, c’est magnifique d’entendre les enfants jouer et crier dans la cour de l’école.

Lucien a toujours eu des rapports faciles avec le voisinage quel que soit son origine. Quelques-uns ont peut-être plus de mal ou ne souhaite pas s’intégrer à la vie du village. C’est leur droit. D’autres au contraire cherchent le contact.

Faits ponctuels à répercussion locale

– la fin du mandat municipal de Georges Pelletier

– la réfection de l’église de Morette bien qu’ils se rendent rarement à la messe, à partir des obsèques ! Son épouse a fait le catéchisme dans cette église et lui-même y a fait des interventions bien qu’il ne soit en fait pas réellement pratiquant.

Vie associative

Lucien est trésorier de l’association des sept collines qui a pour but d’aider à l’animation du village. C’est sa façon à lui de s’impliquer dans la vie du village.

Il est ravi d’avoir pu aider à organiser des vendanges à Morette pendant deux années. Mais il est difficile d’organiser trop d’événements car cela dépend de la disponibilité des bénévoles.

L’agriculture

Lucien constate que les agriculteurs sont de plus en plus âgés et que la relève devient difficile à assurer.

Le climat est en train de changer, pour exemple Lucien à planter dans son jardin un Olivier il y a quelques années qui vient de donner 2 kg d’olives !

Il faut être tous un peu écolo, ça passe peut-être par la politique… je peux entendre que certains agriculteurs protestent parce qu’on les empêche de vaporiser des pesticides à moins de 150 m des habitations, mais personnellement ça me paraît normal et prudent…

Lucien n’est pas un partisan de l’agriculture industrialisée. Pour favoriser une agriculture de proximité, c’est difficile mais il y a peut-être des moyens de discuter et les mesures fiscales pour aider.

Le propriétaire d’une parcelle de noyers voisine de sa maison, ne traite pas ses arbres et il s’en tire bien. J’en suis heureux et reconnaissant.

En tant que consommateurs nous avons aussi notre part de responsabilité dans le choix de notre approvisionnement.

Que peut-on faire pour l’environnement local, en particulier l’entretien et l’assainissement ?

Lucien en se promenant à découvert dans certains champs, des plaques de fibrociment qui ont été abandonnés sans aucun scrupule. Il trouve cela scandaleux mais difficile à dénoncer sans être mal vu.

Sur la route en direction du col de Chatin en direction de La Forteresse il y a un vieux frigo qui traîne depuis des années que personne n’a débarrassé.

Il est également scandalisé par le mauvais entretien  des zones de dépôt d’ordures ménagères où certaines personnes se contentent de poser leurs sacs de poubelle sans faire l’effort de les mettre dans les conteneurs de tri. Cela dit les diamètres d’ouverture des molochs sont trop petits pour les sacs de 100 kg. De plus il pense que ce qui se trouve sur le chemin royal devrait être déplacé dans une zone plus adaptée. Lucien souhaiterait lancer une pétition à ce sujet.

Actuellement le SITCOM finance une association de réinsertions professionnelles pour nettoyer les abords. La responsable de cette association a déclaré à Lucien que Morette était au top niveau de pollution.

D’origine portugaise, Lucien va régulièrement en vacances au bord de la mer au Portugal mais presque incognito pour ne pas être obligé à des réunions familiales à répétition avec des cousins qu’il a perdu de vue !

Le fils de Lucien habite à Grenoble où il travaille et commence à en avoir marre de la vie citadine. Il aimerait bien revenir vivre à Morette.

Il souhaiterait que les jeunes Morettins s’investissent plus dans l’organisation de fêtes et de rencontres comme c’est plus facilement le cas, lui semble-t-il, dans les communes voisines de Vatilieu ou de Polienas

Lucien Tavares raconte…


j’ai fait mes premiers pas sur le terrain qui surplombe la route des collines à Morette où nous ferons construire notre maison en septembre 1991.
J’ai été Marqué par une odeur de chlorophylle prononcée qui rappellait mon enfance au champ du Lux à Tullins où je faisait de la gymnastique avec Monsieur Odru.
J’ai été tout de suite conquis mais Véro venait d’accoucher et déménager n’était pas une priorité pour elle. Le moment n’était pas propice. De plus nous étions au tout début de nos recherches. Deux ans plus tard ces recherches étaient toujours restées infructueuses. Finalement nous avons fait l’acquisition de ce terrain à Morette qui était toujours disponible en 1993.
Avant de débuter les travaux de construction et le fallait l’accord d’un voisin, prof de maths à Tullins, car le poteau EDF était sur sa propriété. Avant de répondre j’ai eu droit à la question : « est-ce que vous avez un chien ? ». Mais j’ai compris que ce serait un voisin quelque peu tatillon.
Je suis allé voir un autre voisin pour obtenir son accord afin de brancher une rallonge électrique sur sa propre installation avec un compteur indépendant pour le temps des travaux. Avec celui-là j’ai tout de suite compris qu’on allait bien s’entendre. Il acceptait sans la moindre hésitation et au moment où j’ai voulu régler le montant de la consommation électrique de cette période, il a absolument refusé le remboursement. Je me suis promis d’être toujours disponible pour cet homme-là. En période scolaire, son neveu et moi lui portions à tour de rôle le pain et le journal. Le dimanche matin était pour lui le plus plaisant pour moi le plus redoutable car je n’étais guère habitué à voir « un Pernod » à 10 heures du matin.
Nous nous sommes installés dans notre maison neuve en avril 1995 et pour des raisons de commodité nous avons laissé nos enfants continuer leur scolarité à l’école privée de Tullins car mes beaux-parents habitaient à proximité, plutôt que de les inscrire à l’école de Morette. J’en ai expliqué les raisons au maire de l’époque, très soucieux de pouvoir maintenir cette école et nous avons conclu un deal : En cas de menace de fermeture, nous inscririons alors nos enfants à Morette.
Cette année la, pendant le discours d’inauguration de l’école le maire a bien précisé en me regardant dans les yeux qu’il n’y avait pas de type de Morettins…
nous n’avons jamais eu de problème d’intégration dans le village.
A l’occasion d’une de mes premières sorties à Morette avec mon appareil photo j’ai rencontré un voisin qui fauchait sa parcelle de terrain avec une faux. Au début de la discussion, il était debout, appuyé sur le manche de sa faux. Comme l’entretien se prolongeait il a fini par s’asseoir par terre. Le contact était noué.
Dodo Feydel est également une très belle rencontre. Quand on le croisait en tracteur, il retirait toujours sa casquette pour nous saluer !
Robert Pérochon, artiste peintre habitant Morette que j’ai rencontré au cours d’une promenade, m’a invité dans son atelier me disant « est un des étrangers les plus sympas que j’ai rencontrés à Morette ! Viens chez moi, j’ai une bouteille au frais ! »

Mon fils Benjamin a pratiqué le tir à l’arc au club des Mondalines, ce qui nous a permis d’entrer en relation avec plusieurs archers.

L’hiver qui a suivi notre installation, la neige est tombée en quantité et nous transportions les courses sur une luge, ce qui plaisait beaucoup aux enfants.

Nous faisons parti de l’association des sept collines et j’ai adoré l’organisation de vendanges pendant deux années consécutives. Malheureusement la grêle nous empêcher de récidiver en 2019 mais ce n’est que partie remise j’espère.

Je travaille à l’hôpital de Tullins dans les services techniques mais je mets toujours un point d’honneur à rendre visite aux Morettins hospitalisés.