Deux vieilles familles morettines… Les Trapet et les Garavel

Date 24 AVRIL 2020

La vie sociale et son évolution a travers deux vieilles familles morettines… Les Trapet et les Garavel

Je conseille  de lire d’abord l’entretien avec Georges Pelletier (janvier) et le texte sur 50 ans de vie paysanne à Morette  (février)

Deux Familles qui à l’origine ne sont pas issues du même milieu social sont installées sans discontinuer à Morette depuis plus de 100 ans. La comparaison  parait intéressantes.

I) Souvenirs, souvenirs… un entretien avec Claude Trapet

la famille Trapet est originaire pour une grande partie d’Auvergne, mais habite à Morette depuis le début du XXe siècle. Dès le début ce n’étaient pas des paysans, c’était une famille ouvrière dont les hommes travaillaient à l’entreprise Allibe à Tullins qui fabriquait des machines pour la pâte à papier, une grosse production de la région à l’époque.

La maison « Trapet »   appartenait à la famille de la mère de Claude qui à l’origine est une Debernardi… elle a été édifiée en 1932 par les grands parents, grâce à des prêts sociaux aux familles nombreuses. Les bâtiments de la mairie de Morette ont été construits la même année. L’héritage spécifiait que la famille Trapet devait s’occuper de la grand-mère Debernardi et de son frère.

Ça a été une des premières familles de Morette à avoir le téléphone… De nombreux habitants à l’époque venaient chez sa grand-mère car elle était équipée pour envoyer les télégrammes grâce à un accord avec les PTT. Les gens venaient chez eux car la grand-mère faisait un peu office de bureau de poste. Lorsque ses enfants ont grandi, dans les années 80, la mère de Claude est devenue agent municipal à Morette et ensuite assistante maternelle.

Claude a eu trois frères et deux sœurs. Ils ont continué à habiter ensemble sauf une de ses sœurs qui s’est marié.

Né en 1974, Claude est allé à l’école primaire à Morette. Il n’y avait que neuf élèves et les parents et le maire se sont battus pour que l’administration maintienne cette école. Par la suite il a passé son bac au lycée de Saint-Marcellin. Après un BTS d’assistant de direction, il a travaillé à la MJC de Tullins tout en continuant à habiter Morette.

quels sont les événements qui ont le plus marqué au cours de son existence à Morette

Quand il était enfant il était un peu réticent de voir se construire de nouvelles maisons. Ce qui était pourtant indispensable pour pouvoir maintenir une démographie suffisante à la survie de l’école. En tant qu’élève il a trouvé alors que le regroupement avec l’école de Cras dans les années 80, a quelque peu fait perdre l’identité de celle de Morette.

Il a gardé de merveilleux souvenirs de l’école de théâtre organisé d’abord par l’institutrice, Madame Pelletier, puis avec la venue de Benoit Olivier qui est maintenant organisateur de spectacles à Grenoble. À l’époque, ils ont monté plusieurs spectacles à Morette. Il y a même un journaliste du Figaro qui a fait un article à cette occasion !

Il y avait aussi régulièrement des bals. Il se souvient d’une bagarre au cours d’un de ses bals. À cause de ces bagarres la vogue s’est arrêtée et c’est la fête des fours qui a pris la suite. Ces fêtes des fours et les concours de boules, étaient de grands moments de convivialité.

Plus récemment, En 2017 il y a eu une réunion de « cousinades Debernardi » qui a réuni une trentaine de personnes des environs.

Y a-t-il eu des mauvais souvenirs ?

Claude n’ a que des bons souvenirs quand il était gosse : aller chercher du lait ou du fromage dans les fermes voisines. Ses parents se sont rencontrés au cours d’un bal d’une commune voisine, se sont intégrés sans aucune difficulté mais sa mère était du pays.

Des souvenirs des relations de voisinage un peu tendus entre des paysans et sa famille d’ouvriers établis dans la commune, lors du passage de certains terrains agricoles en terrain constructible. La famille Trapet avait un terrain de noyer qui était devenue constructible et le voisinage leur en avait un peu voulu. Par contre il trouve dommage que beaucoup de nouveaux habitants venus de la ville n’aient que peu de contacts avec les anciens. Mais ce n’est pas une généralité bien qu’Il lui semble que 20 ans plus tôt c’était plus facile.

Environnement local et Fusion communale

Claude est catholique pratiquant mais c’est le seul de sa fratrie ! Il a été baptisé dans l’église de Morette par un prêtre qui venait de Tullins. L’église a pu être rénovée grâce à une association pour la sauvegarde de l’église. Actuellement il y a encore des messes sur place à raison d’environ une par trimestre. Les dates sont affichées devant l’église. Et en général et l’église est pleine ! Par des gens qui viennent aussi des environs, Polienas, Cras, la Forteresse… etc.

Ses frères participaient beaucoup à la préparation de la fête des fours et ça prenait beaucoup de temps. Ce sont des « fours banaux » mais c’est difficile à entretenir et à mettre en marche. Une fois par an on faisait un repas dans le cadre du club de boules au restaurant Debernardi (pas de parenté directe)

Claude pense que la réfection de la mairie était nécessaire pour des raisons de sécurité mais aurait pu être fait à moindre frais… Pour aider au financement Il y aurait eu un projet de construction de maisons dans le terrain dit de football en face du monument aux morts qui serait actuellement abandonné.

Il y avait un projet de réfection du local qui jouxte le terrain de boules notamment pour aménager des WC publics ouverts à tous. Mais l’administration a émis un refus parce que cette zone serait « inondable » ? ! Par contre, dans la même zone inondable il semble possible d’aménager un transformateur électrique ? ! Le transport de poubelles dans les zones de stockage des molochs est difficile pour les personnes handicapées.

Claude est très favorable à une fusion avec Cras pour faire des économies d’échelle administratives. Mais il comprend mal pourquoi, sur le plan des communautés de communes, on a été rattaché à Saint-Marcellin alors que le bassin de vie vers lequel sont tournés Morette Cras est bien évidemment Tullins et Voiron…

Le café de la bascule persiste à Cras. Il regrette que la municipalité ne se soit pas impliquée dans le réaménagement du restaurant Debernardi… mais est-ce que c’était économiquement réaliste ?

Pourquoi ne pas faire une journée de convivialité entre les deux communes ?

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II) La famille Garavel : réalisé à partir d’ entretiens avec différentes personnes

Une généalogie un peu compliqué…En plus il y a des Joseph partout !

Bleuette Benrabah-Garavel a le projet de me faire parvenir un texte de son cru

et a eu la gentillesse d’établir une ébauche de  tableau  généalogique ->

La famille Garavel est installée à Morette au moins depuis le début du XIXe siècle !

 A l’origine, c’étaient des agriculteurs. Le plus ancien devait être charron…

Un des fils, Joseph, n’avait que le certificat d’études. Il est devenu Maire et Député. Il a été élu député par la population agricole de la circonscription de Tullins qui était très majoritaire à l’époque. Son époux qui était resté une paysanne a reçu un ministre à Morette ! (Berthoin ministre de l’éducation nationale voir sur Wikipédia). C’était un des grands amis de son grand-père. Louis Mermaz, maire socialiste de Vienne aussi.

Joseph Garavel,devient maire de Morette en 1929 et député radical-socialiste en 1946. Il n’était pas aimé de tout le monde, voire détesté de certains pour ses idées politiques. Il a quand même été aussi élu conseiller général. A sa mort en 1983, c’est Moïse Zala de Polienas qui lui a succédé à ce poste. Ces opposants, surtout les salariés ne se sentaient pas reconnus pendant sa municipalité. C’est lourd, dans un petit village d’avoir un tel héritage « politique ».

A la mairie, c’est Joseph Buisson un autre enfant de Morette (de la Guitardiere) qui lui a succédé en 1977. Ne pas confondre avec Michel Buisson (des Feugères), qui a fait partie du conseil municipal avec Georges Pelletier. Ce n’est pas la même famille. Le grand-père de Michel Buisson (famille Rival ) avait été maire avant son grand-père, Joseph !

L’église de Morette

Le député Gravel était radical-socialiste et ne se préoccupait guère de l’église de Morette. Georges Pelletier a ensuite décider de restaurer l’église pendant son mandat.

 Le père Didier habitait à la cure de Saint-Quentin. Il ne faisait pas curé. Il était ouvert à toute discussion. Il faisait le catéchisme qui se tenait au restaurant de la « Dédé » Debernardi.

Au village, pendant des obsèques, les femmes étaient dans l’église les hommes discutaient sur le parvis. Une fois, lors de l’enterrement d’une dame, son fils était même sorti pour les faire taire. Pour ces hommes on aurait dit que rentrer à l’intérieur de l’église, ça brûlait.

Le député a eu trois fils dont deux jumeaux.

  • Joseph Garavel, avocat, fils du député.
  • Le jumeau de cet avocat, Louis, travaillait à la DDA (direction départementale de l’agriculture).
  • Robert Garavel qui est décédé en 1985,
Aprés Guerre

Yves Garavel et sa famille ainsi que son père l’avocat et son épouse habitent ou ont habité au pied de la Guitardiere où habitaient ses cousines, le long du chemin étroit qui remonte du chemin royal vers Morette.  Yves Garavel, était à la fois maître-nageur à la piscine de Tullins avec son épouse et exploitant agricole.

Dans les années 50 la culture des noyers avaient bien démarré mais il y avait encore des vignes et chacun faisait encore son vin. Le maire Joseph Buisson se souvenait que dans son enfance, au début du XXème siècle, la colline de Sonut était entièrement couverte de vignes.

Après-guerre il y avait une épicerie qui était tenue par Églantine Guillet et ses parents, dans une ferme près du cimetière. Tout Morette y faisait ses commissions. Elle a dû fermer aux alentours de 1965. Il y avait deux cafés à Morette Le café Billard à côté du forgeron plus haut dans le village où il devait y avoir des chambres. Il y avait le café Reverdi à la place du restaurant Debernardi en face de la mairie.

Il y avait les fêtes des écoles et la vogue (le bal) de début septembre. Il y avait un manège que les propriétaires promenaient dans toutes les vogues de la région. Mais la vogue est tombée progressivement en désuétude car les gens se déplaçaient plus facilement en voiture.

L’idée de remplacer la vogue par « la fête des fours » a fait son chemin et a eu un grand succès pendant plusieurs années. L’association des sept collines n’a pas choisi de renouveler régulièrement cette manifestation.

Jusqu’aux années 70 il existait ce qu’on a appelé « l’amicale ». Tout le monde pouvait y participer des plus jeunes aux plus vieux. Il y avait à cette époque moins de facilité de déplacement automobile et les gens s’amusaient sur place.

La télévision est arrivée à Morette en 1964.Beaucoup pensent que la télévision a cassé les relations entre individus. Monsieur Vernin, cantonnier et garde champêtre qui habitait au grand chemin à côté d’une chèvrerie. Il avait une mobylette bleue. On le retrouvait souvent le soir pour une veillée à l’ancienne. Du jour où il a eu la télévision on ne l’a plus jamais revu le soir.

Le développement de dans les années 80 de l’entreprise Chapel a donné de la sécurité à la commune. C’est un patron certes paternaliste mais André Chapel aimait beaucoup Morette.

La dernière génération est moins agricole mais a gardé son attachement à Morette. Beaucoup sont enseignants, salariés d’entreprise, infirmières, architecte… A contrario la fille d’ Yves Garavel partie pour être professeure est revenue travailler à Morette pour reprendre l’exploitation familiale à la mort de son père.

Une partie des terres agricoles du centre du village a été vendue à des salariés venant de la ville. Je ne pense pas que les nouveaux arrivants venant de la ville aient particulièrement voté pour le rassemblement national. La majorité de ces nouveaux habitants sont venus pour le cadre rural et non pas la fuite des banlieues. Ce n’est pas la misère car il fallait quand même de l’argent pour acheter une maison ou la faire construire

Alors que la maire sortante en 2020 est plutôt écolo, aux élections présidentielles et législatives de 2017 s’est proportionnellement le Front National qui est arrivé en tête à Morette. (Plus d’un quart des électeurs.)

Selon un habitant (qui a demandé à rester anonyme !) « Un petit village c’est un milieu fermé vis-à-vis de la société en général…Certaines familles Morettines vivent encore un peu comme au Moyen Âge »

On me permettra de ne pas être entièrement d’accord avec cette appréciation !